Journée d’études du RUCHE. “Zones humides et pouvoirs territoriaux. Approches historiques”.

Paris. Source: Lee Winder Flickr

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Journée d’études du RUCHE. “Zones humides et pouvoirs territoriaux. Approches historiques”. En collaboration avec le Groupe d’Histoire des Zones Humides.

Coordination : Patrick FOURNIER & Raphaël MORERA

L’historiographie des zones humides a connu de manière récente des développements particulièrement intéressants sur l’ensemble des périodes. Elle s’est structurée autour d’un vaste mouvement de revalorisation des zones humides et s’est attachée à briser leur image négative. Accompagnant la politique de protection, dont les zones humides font désormais l’objet, il s’est essentiellement agi de faire apparaître les services qu’elles pouvaient rendre et d’ancrer dans un temps long l’histoire de leur gestion. Cette revalorisation des atouts écologiques et économiques des zones humides résulte d’une demande sociale et de sa traduction politique.

En réalité, le terme de zones humides renvoie à des réalités très distinctes : marais, lacs, étangs, tourbières, roselières. Tous ces territoires sont des milieux amphibies, à la croisée de la terre et de l’eau, et offrent des ressources spécifiques : la pêche bien sûr, certaines formes de ch asse, mais aussi la cueillette de baies et de plantes originales. Aménagés et mis en valeur, marais et étangs offrent des ressources recherchées notamment en matière d’élevage et de pisciculture.

Pour autant les zones humides sont difficiles à contrôler et classiquement perçues comme des espaces conquêtes, avec une connotation négative qui s’accentue à la période moderne, notamment en raison de la malaria qui y prospère jusque dans la première moitié du XXe siècle dans certaines régions européennes. Terres de confins toujours difficiles à pénétrer, elles peuvent échapper au contrôle étroit des pouvoirs locaux et offrent une grande liberté à leurs habitants et riverains. De même, leur mise en valeur suppose la mobilisation d’une main d’œuvre relativement importante et leur entretien la mise en place d’institutions de gestions stables.

Malgré ce caractère apparemment répulsif, ou à cause de lui, la recherche récente fait ressortir le fort investissement des pouvoirs territoriaux dans la gestion des zones humides. Ce constat historien rencontre les problèmes actuels posés par la difficile gestion de ces espaces. L’affirmation d’une nouvelle doctrine en matière de gestion des espaces naturels et la revendication d’une gestion fine et participative soulèvent en effet des questions fondamentales : qui sont les acteurs légitimes? Quels sont les rapports de force autour des zones humides et de leurs usages?

Dans ce contexte, la journée d’études « Zones humides et pouvoirs territoriaux » a pour ambition d’articuler ces deux notions en montrant comment des espaces de marge peuvent être au cœur de politiques territoriales et révéler le fonctionnement des pouvoirs. On s’interrogera notamment sur la manière dont les pouvoirs territoriaux de toutes natures appréhendent et transforment les zones humides. En quoi les évolutions et les dynamiques de ces pouvoirs ont-elles une influence sur le devenir des marais, lacs et étangs? Réciproquement, en quoi les mutations des usages sociaux et économiques des zones humides participent-elles à la transformation des pouvoirs territoriaux?

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Maude Flamand-Hubert

Je suis professeure adjointe en politiques appliquées à la forêt privée à la faculté de foresterie, de géographie et de géomatique, département des sciences du bois et de la forêt de l'Université Laval. J'ai soutenu en 2017 ma thèse de doctorat, intitulée "La forêt québécoise dans la première moitié du XXe siècle : représentations politiques et littéraires" (cotutelle en développement régional à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR) et en histoire à Sorbonne Paris-IV). Mes intérêts de recherche portent sur l'exploitation des ressources naturelles et les politiques publiques, l'histoire forestière, régionale et environnementale, le Québec au XIXe et XXe siècle, les représentations de la forêt et des milieux forestiers.
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